Si tu as croisé un kendama et tu t’es demandé “ok, mais c’est quoi ce truc — un jouet ou un sport ?”, la réponse courte c’est : les deux. Et aucun des deux. C’est un de ces objets qui a l’air simple, qui te trompe pendant dix minutes, et avant que tu t’en rendes compte tu en es au cinquième essai pour planter la balle sur la pointe parce que “celui-là va passer”. Pas grand-chose de plus à dire. Mais il y a de l’histoire, de la technique et une scène assez sérieuse derrière.
Ce qu’est vraiment un kendama
Un kendama est un jouet d’adresse japonais en bois. Deux pièces reliées par une ficelle : le ken (le manche avec trois coupelles et une pointe) et le tama (la boule, percée d’un trou). Ça paraît minimaliste, mais les quatre surfaces du ken — grande coupelle, petite coupelle, coupelle de base et spike — sont l’alphabet qui te permet de construire les centaines de tricks existants.
Le vocab que tu dois connaître si tu veux parler la langue :
- Ken — le manche.
- Tama — la boule.
- Sarado — la croisée qui tient les deux coupelles latérales.
- Big cup et small cup — les coupelles grande et petite du sarado.
- Base cup — la troisième coupelle, sous le ken (à l’opposé du spike).
- Spike (kensaki) — la pointe sur laquelle on plante le trou du tama.
- Ito — la ficelle qui relie ken et tama.
Chaque trick est essentiellement une manière différente de lancer le tama et de le rattraper sur une de ces quatre surfaces. Quand tu commences à enchaîner des combos entre elles, le jouet cesse d’en être un.
Une brève histoire : de Hiroshima au monde
Les gens pensent que le kendama est japonais et s’arrêtent là, mais l’arbre généalogique est plus étrange. L’idée de base — un bâton, une ficelle et une boule — existait des siècles plus tôt en Europe sous le nom de bilboquet (France, XVIe siècle) et dans des versions similaires partout en Amérique latine (boliche, balero). Le jouet a voyagé jusqu’au Japon vers le XVIIIe siècle via les routes commerciales avec l’Europe, et là on lui a ajouté les deux coupelles latérales qui l’ont rendu unique.
Le kendama moderne, celui que tu reconnais aujourd’hui, est né en 1919 à Hiroshima, quand un certain Hatsume Egusa a déposé le design actuel avec sarado. Pendant des décennies, ça a été un jouet de cour de récré au Japon, jusqu’à la fondation en 1975 de la Japan Kendama Association (JKA), qui a standardisé dimensions, règles et un système d’examens officiel (kyu et dan, comme dans les arts martiaux). De là, c’est devenu plus qu’un passe-temps : une discipline avec sa fédération et tout.
Le deuxième grand saut a eu lieu entre 2007 et 2012, quand des marques comme Kendama USA, Sweets Kendamas et KROM (Danemark) se sont mises à fabriquer des kendamas “pro” avec peinture sticky, formes plus agressives et une philosophie skate/BMX. Des vidéos sont sorties, des contests sont apparus, et d’un coup le kendama n’était plus un jouet d’enfant japonais : c’était un trick de street qui tenait dans ton sac.
Tricks de base : l’échelle pour débuter
Tout kendamiste qui se respecte est passé par la même échelle. Pas de raccourci :
- Big cup — tu tiens le ken, tu lances la boule en l’air, tu la rattrapes dans la grande coupelle. Facile à comprendre, dur à exécuter propre.
- Small cup — pareil sur la petite. Moins pardonnante, plus de contrôle.
- Base cup — la coupelle du dessous. Change la prise et la position de la main.
- Spike — planter le trou du tama sur la pointe. Le premier trick qui se sent “vrai”.
Quand tu as ces quatre-là, tu rentres dans le monde des combos. Le classique c’est le moshikame, alterner big cup et base cup sans s’arrêter, rythme métronome. Tu en poses un bon et tu comprends pourquoi les gens accrochent. De là tu passes à around the world (les quatre éléments à la suite finissant en spike), around Japan, lighthouse (équilibrer le tama sur le spike avec la base en bas), lunar, juggle, tornado spike… La liste ne s’arrête pas.
Le système de rangs de la JKA va du 10e kyu (débutant) au 1er dan (pro), avec des tricks précis assignés à chaque niveau. Beaucoup de gens s’en servent comme carte pour progresser sans se perdre.
Pourquoi ça accroche autant
Le kendama tourne sur la même boucle psychologique que le skate, le jeu vidéo ou le café. Tu rates beaucoup, tu plantes parfois, et à chaque fois que tu plantes ton cerveau lâche une petite dose de dopamine qui te pousse à recommencer. Une session de 20 minutes passe comme deux. Et comme il tient dans n’importe quel sac et ne demande ni park ni bitume, tu l’emmènes partout.
Il y a aussi un côté méditatif. Pour planter les tricks fins, il faut respirer calme, lire la rotation du tama, ajuster les genoux. C’est un des rares “jouets” qui améliorent ta proprioception et ta patience en même temps. Beaucoup de skateurs en ont un comme warm-up avant de rouler ou comme pause quand la session ne sort pas.
Comment choisir ton premier kendama (et où ne pas l’acheter)
C’est là que les gens se plantent. Le kendama de bazar — peinture plastique brillante, ken en bois pas séché — te frustre avant même d’avoir commencé. La boule glisse, le spike n’entre pas, la peinture s’écaille en trois jours. Rien ne plante, tu abandonnes.
Ce qui compte vraiment dans un kendama de qualité :
- Bois de hêtre européen ou cerisier japonais : stable, équilibré, dure plus longtemps.
- Peinture sticky ou clear : le tama “accroche” la coupelle un microseconde de plus, ça pardonne les atterrissages. Oublie la peinture glossy classique si tu vas en sérieux.
- Taille standard JKA : ken d’environ 16 cm, tama d’environ 6 cm et 70-80 g. Certaines marques font des modèles jumbo ou mini, mais reste sur le standard pour débuter.
- Marque avec une scène derrière : Sweets, KROM, Sol, Kendama USA, Ozora, Tribute. Pas du snobisme : ce sont celles qui passent des années à peaufiner équilibre et peinture.
Pour en trouver un bon sans passer des heures à comparer, le plus pratique c’est d’aller dans une boutique en ligne spécialisée qui ne vend que des kendamas (pas la section “jouets” d’un Amazon générique). Une bonne référence en Europe c’est The Joker House, qui depuis des années rentre des modèles pro de Sweets, KROM et compagnie, avec du stock en peinture sticky et de vrais conseils si tu ne sais pas par où commencer. Si tu vas mettre 25-40€ dans ton premier kendama, ces quelques euros en plus par rapport au bazar font la différence entre accrocher et le ranger dans un tiroir.
Kendama et skate : cousins éloignés mais frères
Ce n’est pas un hasard si beaucoup de gens du skate finissent avec un kendama en main. Ils partagent l’ADN : culture urbaine, vidéos pro, marques DIY, contests, et surtout cette boucle de rater cent fois pour planter une. Des skateurs comme Liam Cooper, Wyatt Bray ou les gamins du KROM team passent d’un monde à l’autre sans effort. Sweets a sorti des séries entières avec des graphismes de skate. Et si tu skates, les premières semaines de kendama vont dangereusement te rappeler les premières semaines à apprendre le ollie : même courbe, même frustration, même montée quand ça passe enfin.
Si t’as envie d’en essayer un, pas besoin de te compliquer : standard JKA, peinture sticky, marque avec un nom. Le reste, c’est de la répétition. Et comme tout ce qui vaut la peine, le premier mois ça rage, le deuxième tu commences à piger, et au troisième tu expliques déjà à un pote pourquoi son kendama de bazar n’allait jamais planter correctement.
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